Le ciel de printemps

Le ciel de printemps

Sans instrument d’optique, le ciel du printemps est dominé par les sept étoiles principales de la Grande Ourse, celles qui forment le dessin d'une casserole et que l'on trouve, le soir, relativement proches du zénith. Les trois étoiles de la queue de la Grande Ourse, ε (Epsilon), ζ (Dzêta) et η (Êta) forment un arc de cercle. Si on prolonge cet arc de 30° vers le sud-est, on rencontre la très brillante étoile α (Alpha) du Bouvier, appelée aussi Arcturus. Si on prolonge ensuite cet arc d'un peu plus de 30° vers le sud, on arrive à l'autre très brillante étoile α (Alpha) Virginis, appelée aussi Spica ou l'Épi. Une autre étoile brillante du ciel de printemps est α (Alpha) du Lion (ou Regulus), qui se trouve grosso-modo à 60° à l'ouest d'Arcturus et de Spica.

Le ciel de printemps

Le ciel de printemps est un ciel qui foisonne d'une quantité impressionnante de galaxies. À la campagne, ce ciel comble l'astronome amateur muni d'une lunette ou d'un télescope. En banlieue avec des jumelles, cependant, ces galaxies ne sont pas visibles et, à part les étoiles et d'éventuelles planètes, les objets célestes qui nous sont perceptibles sont plus rares et plus difficiles à trouver qu'aux autres saisons. J'ai pourtant des observations intéressantes à vous proposer.

Melotte 111 ou l'Amas stellaire Coma, amas ouvert, constellation de la Chevelure de Bérénice, au plus haut dans le ciel à la fin-avril, vers 23h00, HAE, à 70° au-dessus de l'horizon sud 

La Chevelure de Bérénice

Melotte 111 est un magnifique amas ouvert, assez étendu et visible à l'œil sous un beau ciel de campagne, mais apparemment difficile à trouver en banlieue en raison de sa situation au milieu de ce qui ressemble à un grand vide entre les étoiles les plus brillantes. Il y a pourtant une façon plutôt facile de le trouver, à partir de trois étoiles visibles à l'œil sous mon ciel de banlieue.

Tracez une ligne imaginaire qui part d'η (Êta) de la Grande Ourse, légèrement à gauche, en haut de la carte, et qui se rend à β (Bêta) du Lion, légèrement à droite, en bas de la carte. Cette ligne imaginaire, orientée approximativement du nord-est au sud-ouest dans le ciel, mesure 42°. À chaque tiers de sa longueur, donc à chaque 14°, en partant d'η de la Grande Ourse, notre ligne rencontre un objet céleste. Sa première rencontre, à 14°, est l'étoile α (Alpha) des Chiens de Chasse et sa deuxième rencontre, à 28°, est l'objet céleste que nous cherchons : Melotte 111.  Tandis qu'η de la Grande Ourse et β du Lion sont facilement visibles à l'œil, α des Chiens de Chasse est une étoile plus discrète, quoique visible elle aussi sans instrument d'optique. En banlieue, Melotte 111 nécessite pour sa part l'utilisation de jumelles. Comme Melotte 111 est le seul amas ouvert visible dans cette région du ciel, vous le reconnaîtrez aussitôt que vous le verrez!

Melotte 111

Une fois trouvé, l'amas ouvert Melotte 111 remplit presque en entier le champ des jumelles. Plusieurs étoiles brillantes lui donnent l'allure d'un 7 inversé (L), la tête en bas et le pied en haut, formant une ligne brisée partant de l'étoile γ (Gamma), se rendant à l'étoile 17, puis bifurquant vers l'étoile 12. Quelques autres étoiles de l'amas sont aussi visible au nord-ouest de l'étoile 12.

Aux jumelles 10x50, sous mon ciel de banlieue, au moins six ou sept étoiles sautent immédiatement aux yeux, mais pas moins de seize sont facilement visibles si on les compte plus attentivement. Parmi toutes ces étoiles, vous remarquerez peut-être que l'étoile 17 est en fait une jolie petite étoile double.

Melotte 111 est aussi appelé « Amas stellaire Coma ». Le mot latin « coma » signifie « chevelure ». La chevelure dont il est question ici est la Chevelure de Bérénice, la constellation dans laquelle se situe l'amas. Cette constellation tire son nom d'une légende racontant que la chevelure de la reine Bérénice, offerte par la reine à la déesse Aphrodite, fut ensuite placée au ciel par la déesse ravie de ce présent magnifique.

ζ et 80 UMa ou Mizar et Alcor, étoile double, et le voisinage, constellation de la Grande Ourse, au plus haut dans le ciel au début-mai, vers 23h00, HAE, à environ 80° au-dessus de l'horizon nord

La Grande Ourse

L'étoile double Mizar et Alcor est l'un des objets célestes de ce livre les plus faciles à trouver : relativement proche de l'étoile polaire, à 36°, elle est visible à l'année; de plus, en banlieue, Mizar est visible à sans instrument d’optique au milieu de la queue de la Grande Ourse. (À la campagne, une personne dotée d'une très bonne vue pourrait parvenir à voir aussi Alcor à l'œil.) Sur les deux cartes ci-dessus et ci-dessous, Mizar et Alcor sont décentrées vers le côté ouest du cercle correspondant au champ des jumelles. Mizar, la plus brillante des deux, est aussi appelée « ζ (Dzêta) de la Grande Ourse » et Alcor « 80 de la Grande Ourse », en abrégé « ζ UMa » pour « ζ Ursæ Majoris » et « 80 UMa » pour « 80 Ursæ Majoris », « Ursæ Majoris » signifiant, en latin : « de la Grande Ourse ».

En réalité, Mizar et Alcor ne tournent pas l'une autour de l'autre : elles sont indépendantes l'une de l'autre mais semblent rapprochées, en raison du hasard des alignements célestes. C'est ce qu'on appelle une double optique. Dans un bon télescope, à fort grossissement, Mizar elle-même s'avère toutefois un vrai système binaire dont les deux composantes tournent réellement l'une autour de l'autre.

Mizar, Alcor et le voisinage

Sur la carte ci-dessus, Mizar (ζ) et Alcor (80) apparaissent bien distinctes, séparées par un cinquième de degré. Alcor, la moins brillante des deux, se trouve à l'est-nord-est de Mizar. Aux jumelles 10x50, sous mon ciel de banlieue, je ne remarque aucune couleur particulière à ces deux étoiles, sinon que Mizar me semble d'un blanc plus froid que celui d'Alcor.

En plaçant notre étoile double à l'ouest du champ de vos jumelles, comme sur la carte, vous pourrez voir, à l'est de Mizar et Alcor quatre étoile brillantes : 81, 83, 84 et 86. À 1,75° au sud de 83, vous trouverez aussi l'étoile 82. Ces cinq étoiles (Latishev 2)  formeraient, mais on n'en est pas absolument certain, une association stellaire, c'est à dire un ensemble d'étoiles ayant autrefois formé un amas ouvert mais qui, aujourd'hui, se sont éloignées l'une de l'autre et ne sont plus significativement liées par la gravité.

En plaçant ensuite l'étoile 86 au nord-ouest, juste au bord du champ de vos jumelles, vous verrez apparaître au sud-est un bel astérisme de sept étoiles, « la Main du Bouvier », dont les plus brillantes sont θ (Thêta), κ2 (Kappa deux) et ι (Iota). Vous venez en effet de quitter la constellation de la Grande Ourse pour entrer dans celle du Bouvier, à l'endroit ou ce brave homme semble vouloir saisir l'Ourse par la queue!

Bonne observation!