J’ai une petite
lunette d’ornithologie grossissant de 15 à 45 x. Légère et peu encombrante (trépied
inclus), elle se traîne partout et je l’aime bien. Par contre, elle a un petit
défaut : au-delà d’un grossissement de 30 x, l’image devient floue. À 45
x, l’image est si floue que cette lunette d’ornithologie n’est plus très
efficace pour l’identification d’une espèce observée au loin. Or, depuis
quelque temps, j’avais envie de tester ma lunette astronomique pour l’ornithologie:
c’est ce que j’ai fait ce matin, sur ma galerie, et les résultats présentent un
certain intérêt.
 |
| Lunette astronomique |
Convenons d’abord
que, avec son trépied, cette lunette est assez lourde, un peu longue à assembler
et peu mobile. Elle convient donc pour un site d’observation fixe, comme ma
galerie ou un autre site très rapproché d’un véhicule de transport. Par contre,
une fois assemblée, cette lunette se manœuvre bien plus aisément que toutes les
lunettes d’ornithologie que j’ai essayées jusqu’ici: le poids des parties avant
et arrière de la lunette est toujours parfaitement équilibré de part et d’autre
de l’axe de mouvement vertical; de plus cet axe et l’axe de mouvement
horizontal offrent une fluidité de mouvement remarquables. Pour tout dire,
cette lunette se manœuvre avec le petit doigt, sans pourtant broncher au vent. Par
ailleurs, avec un « coude » de 45°, l’image est droite et la posture d’observation est assez
confortable pour une observation soutenue.
En ce qui
concerne l’optique proprement dite, cette lunette ne peut pas zoomer, mais elle
dispose de quatre oculaires qui peuvent être interchangés et qui donnent des
grossissements plus qu’intéressants: 24 x (champ de vision de 2,5°), 50 x (1,2°), 86 x (0,7°) et 120 x (0,5°). Enfin, avec un objectif de 120 mm, cette lunette
offre une grande luminosité, mais une luminosité affectée d’une légère aberration
chromatique qui, surtout avec les grossissements les plus élevés, donne aux
oiseaux observés une sorte de petite aura mauve. Je l’avais d’ailleurs déjà
remarqué en observant la planète Jupiter. Ce phénomène est dû au système optique
assez simple d’une lunette dite achromatique, tandis que les lunettes apochromatiques,
plus sophistiquées et passablement plus lourdes, corrigent cette aberration.
Ce matin, de
ma galerie, j’ai donc observé quelques espèces d’oiseaux avec ma lunette d’astronomie.
Les oiseaux en vol sont évidemment moins faciles à trouver que les oiseaux marchant
sur une pelouse ou perchés sur une branche. En vol, l’oculaire qui grossit 24 x
s’avère donc incontournable, puisqu’il offre le plus grand champ de vision (2,5°). J’ai ainsi pu observer en
les suivant des goélands à bec cerclés et des bernaches du Canada (soit dit en
passant, ces bernaches sont ensuite passées si bas au-dessus de ma tête que c’était
saisissant d’entendre leurs ailes battant l’air en une sorte de sifflement
chuinté et cadencé). Ensuite, pour balayer le champ visuel et trouver des
oiseaux marchant ou perchés à bonne distance (mettons à 100 mètres et plus), j’ai
trouvé que l’oculaire grossissant 50x (champs de 1,2°) était le plus agréable à utiliser. Puis, à 86 x, un bruant familier,
situé à environ 10 mètres et plutôt petit dans mes jumelles 8x42, remplissait
le champ visuel de la lunette et, malgré l’aberration chromatique, laissait très
facilement voir les détails du plumage, du bec et des pattes. Enfin, en raison
du champ très restreint (0,5°) et de l’aberration chromatique
plus accentuée, je n’ai pas trouvé que l’oculaire grossissant 120 x offrait un
avantage significatif sur celui grossissant 86 x.
J’en
conclus donc que pour de l’observation à partir d’un point fixe offrant un bon
dégagement visuel et proche d’un stationnement (par exemple un quai), l’utilisation
de ma lunette astronomique pour de l’ornithologie serait une nouvelle expérience
particulièrement intéressante.